Choc de valeurs

Pont

De la nécessité d’établir des ponts entre ses valeurs

Vous est-il déjà arrivé d’être confronté à ce type de dilemme : acheter local mais avec un emballage en plastique OU acheter sans emballage mais provenant de l’autre bout de la France voire de l’étranger. Locavore ou sans déchet ?

Le problème se pose aussi avec le bio qui est parfois emballé. Acheter un citron bio sans emballage peut-être le parcours du combattant quand on n’habite pas dans une région productrice. Se passer de citron ? Pour chez moi impossible, il sert dans l’élaboration des confitures et est surtout un bon « médicament » ! Il doit forcément exister une solution à ce problème (je pense faire pousser un citronnier, on verra bien ce que cela donne).

Il faut donc faire un choix, hiérarchiser des objectifs, des valeurs. Choix à faire en fonction de soi et de ses principes. Il est important, à mon avis, de se remettre au centre de ce type de choix afin de ne pas « subir » une posture idéologique qui peut devenir une vraie prison mentale. S’engager dans la transition ne doit pas signifier se couper de soi-même et de sa vision des choses. Ces mouvements de décroissance heureuse (Maurizio Pallante), sobriété heureuse (Pierre Rabhi), locavorisme, bio-attitude, zéro déchet et autres ne s’excluent pas. Ils se rencontrent et se complètent de manière unique en chacun de nous. Il n’y a donc pas UNE manière de voir et de choisir mais autant de solutions que de personnes présentes. Plutôt sympa, non ?

D’autant que ces choix ne sont pas des choix ad vitam aeternam ou des choix de renoncement. Ce n’est pas manger « local ou sans déchet », mais « local et/ou sans déchet », « sans déchet et/ou local ». Ou bien encore « local et/ou sans déchet pour le moment ». « Les problèmes éthiques (…) sont des problèmes de choix entre des exigences morales antagonistes » (Edgar Morin). Des exigences qui sont antagonistes maintenant, mais peut-être pas demain. Antagonistes ici mais peut-être pas ailleurs. Antagonistes pour ce produit-ci mais pas pour ce produit-là.

Pour ma part, voici comment je résous le dilemme local/sans déchet.

Je préfère, en règle générale, choisir le local. Pourquoi ? Je réfléchis sur le long terme et je me demande : est-il préférable d’aider le producteur local à modifier quelques aspects de son mode de distribution ou est-il préférable de faire produire localement le producteur qui distribue en mode zéro déchet ?

La seconde solution me semble impossible et pas très pertinente alors je choisis la production locale ! Le fait qu’ils utilisent des emballages ne remet pas en cause la pertinence de leur travail. Il y a simplement des ajustements à la marge à faire, le reste du modèle est bon. L’idée est donc d’aider les producteurs locaux à progresser, d’être dans une relation et dans l’échange sur le long terme et ainsi de co-sommer (réalisation collective). Mais comme pour toute règle, il y a des exceptions : je préfère par exemple acheter un produit venant de l’autre bout de la France si sa composition est sans produit « nuisible » plutôt qu’un produit local qui en contient. Et finalement modifier mon choix à l’aune de nouvelles réflexions ou découvertes.

Et si le producteur n’en a pas envie de distribuer sans emballage, s’il est réfractaire à tout changement ? Je pourrai alors toujours me tourner vers d’autres producteurs locaux ou alors choisir des produits sans déchets mais venant de plus loin.

Ce genre de dilemme peut être multiple : acheter mon riz dans une grande surface ou dans un magasin bio, sans emballage et venant de l’étranger OU acheter mon riz à une coopérative de producteurs, avec emballage et venant de Camargue. Acheter un savon en pain sans emballage dans une grande surface OU acheter un savon en pain avec emballage en plastique auprès de producteur locaux distribué par une coopérative locale OU acheter un savon en pain venant de l’autre bout de la France, avec emballage en carton et distribué dans une chaîne de magasins bio.

Il n’y a pas de diktat de la pensée et du choix, à chacun de voir comment il se sent vis-à-vis de ses propres choix ! Le tout étant de changer de modes de consommation : aller du consumérisme à la consommation sobre et responsable. Une aventure qui se fait sur le court, le moyen et le long terme, en passant des solutions polluantes aux solutions de moindre mal pour finir par une solution optimale (qui peut ne plus s’avérer optimale un jour !).

Je trouve personnellement rassurant le fait qu’il s’agisse d’un voyage sans fin, toujours en mouvement et à réinventer en fonction de son milieu, de ses changements idéologiques et de ses chocs de conscience.

Ces difficultés de choix n’incombent pas qu’aux individus. Les entreprises sont également confrontées à ces dilemmes. J’aborderai cette thématique dans un prochain article car celle-ci me semble très utile pour évaluer la pertinence d’une « politique de développement durable » d’une entreprise. A suivre donc !

8 réactions sur “Choc de valeurs

  1. Presque à chaque produits je me pose cette question: bio ou pas, vrac ou emballage carton, local ou régionale, alors cela varie suivant le produits. Pour le riz, pas de producteur à coté de chez moi alors j’opte comme alter éco (bio et équitable), le lait c’est ‘lait équitable’ mais non bio. Les pâtes , le pain, les légumes, les pommes, les oeufs: c’est démarche local (depuis peu) pour tout les légumes et fruits qui ne sont pas encore disponible , ou impossible en local : c’est ou bio mais emballage plastique comme pour le citron : origine Espagne, ou non bio mais au marché et hypermarché ‘à la pièce’ que je mets dans les filets. Le locavore est trop restrictif en île de France en hiver, ce n’est pas du tout simple, mais quel remue-méninge ça me plait !!! le tout c’est toujours avoir une démarche éco-responsable , moi par contre les cookies je l’ai fait moi-même tellement facile! à part les pépites de chocolat que je n’ai toujours pas trouvé en vrac!! la pâte feuilletée, je cherche une boulangerie qui pourrai m’en vendre?

    • Je suis d’accord avec vous, quel casse-tête ! Mais effectivement ce n’est pas déplaisant ;) Pour faire des pépites de chocolat, je coupe chaque carreau de chocolat en 4. Ca muscle les bras ! Effectivement certaines boulangerie peuvent vendre de la pâte feuilletée sur commande. La faire soi-même, je trouve ça vraiment trop long !

  2. bonjour,
    je trouve très gênant que le vrac soit très mal étiqueté
    écriture microscopique ,ou inexistante
    parce que le gérant a mal découpé l’étiquette;
    je préfère donc le sachet
    très sympa ce site

    • Il est vrai que le vrac est parfois mal « étiqueté ». Quand il n’y a pas de personnel auprès de qui poser ses questions, on ne sait pas ce qu’on achète (provenance, qualité etc). Il faut alors trouver d’autres lieux d’achats ou, effectivement, rester sur des produits emballés correspondant à nos envies (bio, locavore etc) en attendant de trouver son bonheur en vrac.
      Je suis contente que le blog vous plaise, merci :)

  3. L’avantage quand on habite à proximité des producteurs, c’est qu’on peut se faire entendre. Perso, je suis à Paris alors la marge de manoeuvre est plus limitée… Je te retourne le compliment pour le blog !

  4. Et souvent il est plus facile de trouver des produits sans emballage dans la vente direct. J’achète mes biscuits (sablés et cookies) dans un salon de thé du quartier. Je ramène un sachet ou ma boîte à gâteaux et je n’ai plus qu’à choisir parmi tous ces délices. Et comme ils sont plus chers qu’au supermarché, j’en boulotte moins, c’est gagnant-gagnant.

    • Ah ah ! En effet, c’est bien mieux ! Cela ne fonctionne quand même pas avec tous les produits… Mon producteur de riz bio est en Camargue, moi non (enfin pas très loin, mais 1h de route tout de même). Alors bon, pour le moment je tolère l’emballage plastique. Je préfère acheter local (dans une coopérative) avec emballage que venant de l’autre bout du monde en vrac. En espérant qu’il passe au moins aux emballages en carton (et sans emballage serait évidemment le top) ! Au passage, très sympa ton blog :)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s