Le vrac dans tous ses états

Marché du cours Saleya, Nice

Marché du cours Saleya, Nice

Je partage ici avec vous quelques enseignements tirés de l’étude « La vente en vrac, Pratiques & perspectives » réalisée par l’ADEME et Mes Courses pour la planète (novembre 2012), ainsi que mes réflexions.

1. Le vrac : état des lieux

Avant les années 1960 et l’arrivée des grandes surfaces en France, le vrac était l’unique façon de consommer. C’est l’arrivée du libre service qui devient (a priori) incompatible avec le vrac, de même que l’intérêt grandissant porté aux questions d’hygiène et de conservation. L’arrivée de nouveaux produits nécessitant des conseils d’utilisation encourage également l’utilisation d’emballage. Toutefois, la pratique du vrac est encore bien présente dans le monde et même dans certains pays européens, comme l’Italie.

En France, on retrouve le vrac majoritairement pour les fruits et légumes frais, la boucherie, la charcuterie, la fromagerie, les bonbons et la quincaillerie. Ce sont les considérations environnementales et économiques qui ont entraîné un nouvel intérêt pour le vrac ces dernières années. Ce mode de consommation permet en effet de réduire les emballages et donc les déchets. Il existe trois types d’emballages :

  • l’emballage de vente (ou emballage primaire), celui que vous allez jeter chez vous, comme par exemple l’emballage du paquet de pâte,
  • l’emballage groupé (ou emballage secondaire), celui qui sert comme contenant pour plusieurs unités, comme par exemple la boîte en carton qui sert parfois de présentoir pour ces mêmes pâtes,
  • l’emballage de transport (ou emballage tertiaire), qui permet la manutention de plusieurs unités d’emballages groupés.

Un jeu de poupées russes en somme. Le vrac consiste à supprimer les deux premiers types d’emballages.

D’un point de vue économique, le vrac est supposé être moins cher, n’ayant pas les coûts d’emballages ni de marketing desdits emballages.

2. Vrac : forces et faiblesses

Le vrac a pour avantage certain de réduire l’impact environnemental des emballages concernant : l’utilisation de matière première, de ressources énergétiques pour la production et le transport, l’émanation de CO2 et autres éléments toxiques, la production de déchets en amont et en aval de l’utilisation, le recyclage… Les entreprises s’organisent pour réutiliser les emballages de transport (comme les cuves qui sont nettoyées et réutilisées), pour augmenter la durée de vie des emballages de transit (contenant dans lequel vous allez mettre votre produit en vrac, comme un flacon ou un sachet en papier kraft) ou encore pour inciter les consommateurs à la réutilisation de ces emballages de transit via des incitations financières (consigne, réduction sur le prix du produit si vous revenez avec le contenant que la marque vous a vendu une première fois).

Pourtant, aucune analyse approfondie et générale n’a été faite sur le cycle de vie des produits proposés en vrac, afin de connaître les impacts environnementaux tout au long de la vie du produit, notamment en ce qui concerne le transport. Par exemple, selon certains produits, une palette peut parfois contenir moins de d’éléments  s’ils sont en vrac que s’ils étaient emballés. Il faudrait donc perfectionner les méthodes de transport pour réduire davantage les impacts environnementaux de cette pratique de consommation.

Du point de vue des consommateurs, le vrac est parfois encore perçu comme un « achat du pauvre » ou comme une pratique vieillotte. Heureusement, les inquiétudes environnementales et les perspectives d’économie incitent à reconsidérer cette pratique. Néanmoins, il a été constaté chez certaines marques que le vrac n’est pas toujours un moyen de produire de manière économique (économie d’échelle réduite et système de production en vrac spécifique qui requière une main-d’œuvre supplémentaire). Elles réduisent alors leurs marges afin de proposer des prix réduits, le client s’attendant à avoir un produit moins cher.

La vente en vrac, Pratiques & perspectives

3. Des contraintes pour la mise en œuvre généralisée du vrac

La fonctionnalité des rayons vrac est un enjeu majeur pour sa généralisation : en passant par la nécessité de tenir le rayon propre, expliquer au consommateur comment se servir sans renverser du produit, former les employés à cette nouvelle pratique de vente ou encore trouver de nouvelles manières pour informer le client sur l’utilisation des produits.

Pour les magasins traditionnels, proposer des produits en vrac nécessite donc une profonde réorganisation interne : aménagement de l’espace, entretien du matériel, remplissage des bacs, stockages des produits, formation des employés, informations aux clients, pesée des produits… Ces magasins inexpérimentés ont  besoin de conseils pour une mise en place pérenne de ce mode de consommation.

4. Quelques réflexions personnelles

Passer à la vente en vrac c’est bien et il faut maintenant aller plus loin ! Quid de la toxicité des emballages de transit ou du matériel de distribution (plastique, aluminium) ? On peut également se poser des questions sur l’existence des emballages de transit. Quid concernant la pertinence de proposer des produits en vrac alors que ledit produit est toxique pour l’environnement (comme certaines lessives) ?

Des problèmes se posent également pour les fruits et légumes vendus en vrac quand se côtoient sur un même étal les produits de l’agriculture pesticidée et ceux de l’agriculture bio. Pour garantir la bio’titude des fruits et légumes, ils sont emballés. Un bel exemple du serpent qui se mord la queue et la preuve une fois de plus que l’on ne peut plus se contenter de réflexions/actions à la marge.

Il faudrait  envisager de nouvelles manières de communiquer des informations précieuses au client (qui est habituellement informé via l’emballage) : informations sur le point de vente, sur le site internet du fabricant ou du commerçant ou via des applications mobiles. Il faudrait également revoir parfois la pertinence du libre-service pour le vrac (afin d’éviter les pertes et gaspillages et pouvoir conseiller le client).

Il serait pertinent également que les commerces autorisent davantage leurs clients à venir avec leurs propres contenants. En effet, si la vente à la découpe chez votre boucher est en vrac, donc sans emballage, celui-ci vous le vendra emballé.

L’étude est donc intéressantes à plusieurs points de vue : elles posent de bonnes questions et met en lumière les difficultés que rencontrent les acteurs de la vente en vrac. Je vous invite à la lire, n’ayant pas abordé tous les points présentés (aspect juridique, hygiénique…). Mais il me semble que l’on gagnerait à changer d’angle d’approche : il ne s’agit plus chercher à réduire les emballages chacun dans son coin (comme le montrent les limites du vrac), mais de chercher à supprimer l’idée même d’emballage-jetable et ce en impliquant toutes les parties prenantes, du producteur, au commerçant jusqu’au client. Cela permettrait d’ouvrir la créativité et d’envisager de nouveaux usages, de nouveaux produits, de nouvelle manière de commercer qui seraient (enfin) cohérents.

Enfin pour les habitants de Toulouse, voici un blog listant des lieux où acheter en vrac : http://acheterenvracatoulouse.blogspot.fr

Et vous, que pensez-vous du vrac ? Des idées pour améliorer le procédé ?

13 réactions sur “Le vrac dans tous ses états

  1. Bonjour. Moi je m’interroge sur le comment éviter COMPLÈTEMENT les étiquettes quand on ne vit pas près d’un marcher fermier. C’est beau les épingles à nourices pour faire tenir ces étiquettes sur les sacs de mèche mais çca ne règle pas le problème de ces bouts de papier ni recyclables ni réutilisables ni compostables et…. OMNIPRÉSENTS

  2. Le vrai problème reste en effet les contenants. Du vrac, on arrive à en trouver, mais faire comme Béa Johnson et utiliser des bocaux en verre, c’est quasi mission impossible. L’argument hygiène j’y ai eu droit aussi, mais celui qu’on me sert le plus souvent c’est que le magasin ne peut pas contrôler mes achats en caisse (dixit une biocoop) à cause du poids inconnu du contenant et du refus de faire la tare. J’ai apprécié la confiance par défaut accordée au client… Dommage, c’est pour l’instant l’endroit où j’ai vu le plus grand choix.
    Ma supérette bio (Chlorophylle à Rezé) est pour cela assez cool car je n’ai jamais eu de refus de mes bocaux. En revanche, pour la pesée, je suis obligée de prendre un sac, peser dans le sac et transvaser. Pas très pratique ni rapide. Je vais me faire des sacs en tissu serré pour les aliments que je ne peux mettre dans mes filets à linge que j’utilise pour les fruits et légumes. Et après, il faut gérer les étiquettes autocollantes qui ne collent pas sur le tissu ! Toutes ces manipulations me doivent le surnom de la dame-aux-sacs :) Mais c’est dit positivement donc j’assume ! Et je vois même des gens qui regardent d’un air intéressé donc si ça peut faire des émules ! Toujours lié au problème de la tare, le rayon frais ne laisse que peu de marge de manoeuvre : j’utilise une boîte en plastique la plus légère possible dont je paie le poids avec celui de mon aliment !

    • Le parcours du combattant ! Quand je peux faire le marché, les marchands sont surpris mais cools et comprennent la démarche. C’est vrai que dès qu’on rentre dans un système un peu plus institutionnalisé (les magasins), les choses deviennent plus difficiles et d’autant plus quand ce sont des chaînes (comme les Biocoop) où les gens pensent moins « service client » que « je veux pas faire une bêtise et me faire taper sur les doigts ». Je trouve tout de même hallucinant que le rayon frais te fasse payer le poids de ta boîte !!

    • Pour mes filets à légumes et sachet en coton j’ai fabriqué des étiquettes à l’aide d’intercallaires de classeur, je perce un trou, je l’attache à une petite ficelle (à rôtir) , puis avec une petite épingle à nourrice( récupérée accrochée lors d’achat de vêtement) au filet ou au sachet, et je colle l’étiquette autocollante dessus après la pesée. comme je ne peux pas faire la tare, je ne laisse reposer que la marchandise en maintenant le sac ou le filet d’une main.Je n’ai aucun problème en caisse.Pour le frais (viande, poisson, charcuterie, fromage) j’ai choisi des sacs congélateur (d’origine végétale) que je donne pour emballer les aliments: au début il a fallu expliquer, maintenant c cool!! je les désinfecte avec du vinaigre blanc, je les réutilise depuis plus de trois mois.nous ne sommes que deux clientes à utiliser ce système

      • Super le coup de l’étiquette !!! Je m’y attelle dès que j’ai 2 minutes… C’était le seul vrai problème restant pour moi sur les filets.

        Pour les sacs congélation, où as-tu trouvé des sacs d’origine végétale ? Je n’ose pas trop mettre des bocaux, et en plus ça ne convient pas toujours au contenu (ex le pain…).

      • Les sacs sont de la marque alfapac ‘origin végétal’ (canne à sucre) sachets avec curseur petit ou moyen modèle , après recherche de conditionnement pratique, pas encombrant , léger voilà ce qui m’a convaincue ,
        ‘Le lancement de la gamme Alfapac Vegetal Origin® offre à chacun la possibilité de réduire son empreinte carbone et sa consommation de plastique fossile. Vous les reconnaîtrez facilement dans votre supermarché grâce à leur badge, symbole de l’engagement de la marque
        pour la réduction de l’empreinte écologique de ses produits’

  3. En fait quand on se lance dans l’achat des denrées en vrac, on se rend compte qu’il y a de quoi faire en France et qu’on était passé souvent à côté : Le savon au marché, le chocolat dans la boulangerie, et j’en passe. Par contre, mon magasin bio n’a plus de pâtes en vrac disponible (ils n’arrivent pas à trouver des fournisseurs) et tous les paquets du magasin (donc les seules alternatives sur place) sont en plastique. Parfois, il faut juste mettre la main à la pâte donc pour dire adieu aux déchets non recyclables ! En Turquie, on pouvait tout acheter en vrac sur les marchés ou dans les commerces du marché égyptien !

    • C’est vrai que repenser sa production de déchet nécessite d’ouvrir à nouveaux les yeux : des alternatives existent souvent depuis bien longtemps autour de chez nous ! Un moyen intéressant pour re-découvrir son territoire :)

      Savoir que dans certains pays le vrac est encore bien présent est un bon remède contre la tendance à se retrancher derrière le pénible « c’est impossible ! »

  4. J’invite également toutes les personnes intéressées à lire le rapport de l’ADEME qui est, effectivement, très complet..

    Pour ce qui est de pouvoir réutiliser ses propres contenants, il est évident que cela devrait se répandre.. En boucherie, on m’a répondu que ce n’était pas possible pour une question d’hygiène.. Par contre pour la crème fraîche sur un marché, la personne était ok. Je pense que sur les marchés, cela doit être plus facilement accordé (peut être moins de contrôle, je ne sais pas..).

    Lilibulle : même en France, certains regards sont encore le signe d’une franche incompréhension.. Même à la Biocoop.. c’est pour dire que ce n’est pas gagné..

    Le retour à la consigne devrait être une évidence également.. Une des raisons pour le producteur et commerçant de passer à la trappe les emballages jetables peut être déjà économique ! Le même boucher m’ayant refusé mon bocal m’a quand même avoué qu’il ferait de grosses économies s’il ne devait plus fournir de sacs plastiques.. Pour la raison écologique, je pense que cela ne peut pas sensibiliser tout le monde, il y aura toujours des je-‘men-foutiste :)

    Merci pour le lien sur le blog !! j’ai également fait une page Facebook : https://www.facebook.com/groups/acheterenvractoulouse/

    J’ai fait une petite pause mais je reprends mes visites tout prochainement ! :)

    • J’ai pensé à vous Susu en publiant cet article :)

      Je suis d’accord sur le fait que l’aspect économique doit être évoqué mais en ne mettant jamais de côté l’objectif environnemental. Car que se passera-t-il si un jour (sait-on jamais) ces emballages deviennent un coût insignifiant ? Il faut donc sensibiliser les gens à la protection de l’environnement pour sa valeur intrinsèque et ne présenter les gains économiques que comme un avantage annexe. C’est peut-être utopique dans nos sociétés où tout a un prix, mais il me semble que c’est là une bonne manière de faire. La valeur intrinsèque est une valeur stable, le coût est une valeur ô combien volatile !

      Hâte de lire le prochain article sur le vrac à Toulouse ! Et super pour la page Facebook ;)

  5. Je vote pour ! Pour l’instant, j’habite en Hongrie (retour en France cette année) et le vrac n’est plus du tout valorisé ici. Au contraire, comme ils veulent « rattraper » le retard sur les pays occidentaux, il faut le même modèle de consommation et donc emballage à gogo, peu de produits vendus sans rien. Quand je demande aux marchands de fruits et de légumes de me passer de sac et de mettre les produits directement dans les miens, on me regarde comme si j’étais une extra terrestre (ceci dit, en France, on me regarderait peut-être aussi comme ça). Et la dernière fois, je me suis fait incendiée par la caissière d’une supérette car je n’avais pas mis mon pain dans un sachet plastique (ouh la vilaine). Je dois avouer que j’ai hâte de retourner vivre en France car il me semble que ça sera plus simple quand même …

    • Merci pour ce retour d’expérience Lilibulle ! Je te souhaite que ça se passe mieux en France. Il est vrai que les gens sont plus réceptifs qu’il y a quelques années mais il arrive toujours de tomber sur des personnes ne s’intéressant pas du tout aux problèmes écologiques. Ca serait super intéressant que tu fasses un article sur la Hongrie et l’écologie par rapport à ce que tu as vu, entendu, vécu. On n’a finalement pas beaucoup d’infos sur ce qui se passe dans les pays d’Europe de l’Est.

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